Apprendre les figures de style avec Nicolas Sarkozy

sarkozy_discours

Apprendre les figures de style avec le président de la République le plus inculte de la Vème République de l’histoire de France… Voilà une idée saugrenue.
Sauf peut-être à considérer que le n+1 de François Fillon a su apprendre quelques trucs de communication tout droit hérités des meilleurs exercices de rhétoriques.

De là à qualifier Sarkozy de Monsieur Jourdain de la figure de style…

Question rhétorique

Cette figure de style consiste à poser une question qui n’appelle aucune réponse. On remplit ainsi à bon compte deux objectifs :

  •  réveiller son auditoire en le faisant cogiter sur la réponse qu’il pourrait apporter.
  • refermer le champ des possibles en ridiculisant par avance toutes les réponses autres que celle attendue par l’orateur

Qui peut croire aujourd’hui qu’une vérité d’il y a quinze ans soit encore totalement pertinente ? Qui peut croire qu’une vérité d’aujourd’hui le sera encore dans quinze ans ?

13/07/2007

« Qu’est-ce qui justifie que des voyous lancent des pierres, utilisent des frondes, incendient les bus, terrorisent les passagers ? (…)Qu’est-ce qui justifie que des voyous, que des délinquants, que des trafiquants, les injurient, les blessent, les frappent ? »

Discours du 20/04/2010

que feriez-vous, jeunesse africaine, de ma pitié?

fameux discours de Dakar

A défaut d’être la plus raffinée, sans doute la figure de style la plus efficace et le plus usitée par sa plume, Henri Guaino. Il ne faut donc pas s’étonner de voir son nègre l’utiliser à propos de la Tunisie d’un superbe : « Qu’auriez-vous voulu que le gouvernement fît » ? (17 janvier 2011) qui défie toutes les règles de la concordance des temps… Et oui, quand on ne connaît rien à la langue française, recruter un auteur compétent ne doit pas être chose aisée.

Prétérition

Affirmer qu’on ne va pas dire quelque chose pour le dire dans la seconde suivante. Une figure de style à manier avec précaution quand on est un personnage politique puisqu’elle tend à prouver qu’on ne sait pas tenir parole…

Je ne reprendrai pas la célèbre phrase de Michel Rocard dans laquelle je me retrouve : « La France ne peut accueillir toute la misère du monde ». Je dis simplement, c’est un constat lucide

non moins fameux discours de Grenoble du 30 juillet 2010

En plus de prétériter, notre rhéteur de pacotille se permet de faire un contre-sens mitterrandien sur cette phrase qui se terminait en :

mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part.

S’il se retrouve dans cette phrase ; et non dans le début de cette phrase, on peut penser que c’est, finalement, plutôt une bonne nouvelle.

Accumulation

Dans l’une des questions rhétoriques précédemment évoquées, on note également une magnifique accumulation. Jean de la Fontaine donnait dans le « adieu veau, vache, cochon…» ;  Sarko, le porte-parole de la fameuse campagne présidentielle de Balladur qui alimente la controverse depuis l’affaire Karachi [ça c’est une périphrase], c’est plutôt « Bonjour voyous, délinquants, trafiquants » :

Qu’est-ce qui justifie que des voyous lancent des pierres, utilisent des frondes, incendient les bus, terrorisent les passagers ? (…)Qu’est-ce qui justifie que des voyous, que des délinquants, que des trafiquants, les injurient, les blessent, les frappent ?

Discours du 20/04/2010

karachi attentat

Litote

Utiliser une formule adoucie (bien souvent par l’usage de la négation du contraire de ce qu’on veut dire) pour atténuer son propos.

mourir, c’est pas facile

si si, il a bien dit ça le 12/01/2010…

En amoureux inconditionnel de la litote, je lui pardonnerai l’oubli du « ne » pour mieux saluer la naissance d’une nouvelle figure de style : la litote involontaire.

Antiphrase

L’antiphrase consiste à dire de façon ironique le contraire de ce qu’on pense. Exercice de style bien connu de notre protagoniste… A la suite d’une question sur la « monarchie élective » instaurée par le Président selon Laurent Joffrin, celui-là répond :

Voici une question modérée

le 08 janvier 2008

Oxymoron

Oxymoron il y a quand on adjoint un adjectif en contradiction avec le nom commun qu’il qualifie.
Comme n’est coupable que celui dont on a prouvé la culpabilité… le concept de « présumé coupable » est un magnifique exemple d’oxymoron… et d’entrave à l’indépendance de la justice ?

Quand on laisse sortir de prison un individu comme le présumé coupable sans s’assurer qu’il sera suivi par un conseiller d’insertion, c’est une faute.

10 février 2011

Asyndète

L’asyndète est au politique de caniveau ce que l’andouillette est au charcutier… La spécialité la plus nauséabonde, mais également celle qu’il prend le plus de plaisir à travailler.
Cette andouillette rhétorique consiste à supprimer le maximum de liens logiques au sein d’une phrase pour ajouter une bonne grosse dose d’émotion.

Pour moi, ce qui fait déborder le vase, c’est cette jeune Laëtitia, violée par un récidiviste, assassinée par un récidiviste, découpée en morceaux par ce même récidiviste, s’il s’avère que c’est bien lui, les charges pesant sur lui étant très lourdes. Vous voyez, moi je suis plus choqué par ça que par toute autre chose.

10 février 2011

Epiphore

Répétition d’un mot pour mieux insister dessus. Dans l’exemple précédent qui va faire également office d’exemple suivant, il faut être sourd pour ne pas entendre que le problème qui intéresse ici le Président du Conseil Supérieur de la Magistrature est bien celui de la récidive…

Pour moi, ce qui fait déborder le vase, c’est cette jeune Laëtitia, violée par un récidiviste, assassinée par un récidiviste, découpée en morceaux par ce même récidiviste, s’il s’avère que c’est bien lui, les charges pesant sur lui étant très lourdes. Vous voyez, moi je suis plus choqué par ça que par toute autre chose.

10 février 2011

Anaphore

Assez proche dans l’intention de l’épiphore, l’anaphore est une autre corde que Sarkozy aime à utiliser. Ici, on reprend un mot dans plusieurs phrases présentant une même structure pour mieux insister sur le poids dudit mot. Autant dire que quand notre orateur répète « jamais » dans ce discours il le signe des deux mains…

« L’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Jamais il ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin. »

est-il besoin de citer à nouveau le Discours de Dakar, qui a allègrement remplacer le Paris-Dakar dans le cœur de nombreux Africains à qui on facilite ainsi le devoir de mémoire sur le « rôle positif de la colonisation » ?

La parrhésie

Faire semblant de chercher ses mots pour laisser penser qu’on dévoile une vérité profonde… voilà le secret de la parrhésie. Et de bien des sketches télévisés de M. Bruni. Souvent on l’agrémente d’un petit « je vous le dis en toute franchise… » pour faire encore plus vrai :

je ne pense pas à 2012 (…) je le dis franchement

25 septembre 2009

Une fois ce billet achevé, @AntoEZ44, à défaut de publier des posts aussi bien léchés que les mails qu’il m’envoie, m’a signalé l’excellent article paru dans Slate sur l’usage des figures de style par Booba.
Voilà un professeur qui fera sans doute davantage école que notre cher, notre très cher, notre trop cher, Président.

2 Comments

  1. Merci pour ce cours de français présidentiel !

  2. Super article ! J’ajouterais deux autres figures de style très caractéristiques du parler de Nicolas Sarkozy. Elles sont très proches l’une de l’autre. Il s’agit de l’apocope (tronquer la fin d’un mot) et de sa cousine la syncope (supprimer un son à l’intérieur d’un mot).

    Exemple : « J’vais vous dire une chose M’me Chabot » !

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