Auto entrepreneur: quand la gauche s’en prend à la justice sociale

Sylvia Pinel
En préambule à ce billet, je tiens à dire que je n’exècre rien tant que cette tendance actuelle au Hollande bashing et plus globalement le temps qu’on aime perdre à souligner les handicaps de l’économie française.
C’est au nom d’une valeur de gauche – la justice sociale – que la réforme en cours du statut d’auto entrepreneur m’exaspère. Et c’est parce que ce statut est – à mon sens – un modèle à suivre pour l’économie française que cette réforme me révolte.
Je n’ai pourtant pas la révolte politique facile. Quand je vois une aberration légale, j’ai tendance à croire aussi naïvement à la rationalité des décisions politiques que Pangloss croyait à celle de la Providence: « tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes ». Mais là, je crois que je ne peux plus me contenter de cette posture leibniziano-républicaine. Peut-être me fourre-je le doigt dans l’oeil mais je ne demande qu’à être contredit.

La création du statut d’auto-entrepreneur: un éclair d’intelligence

Alors, bien évidemment, tout le monde connaît les dérives du statut d’auto-entrepreneur. Certaines sociétés, plutôt qu’embaucher en CDI voire en CDD, demandent à leurs candidats de prendre le statut d’auto-entrepreneur pour se constituer un bon stock de main d’oeuvre flexible à moindre coût. Ce n’est évidemment pas ce que j’appelle le modèle du redressement de l’économie française :D . Et il faut évidemment corriger cela en sanctionnant les entreprises détournant le droit du travail.
Non, si la création du statut d’auto entrepreneur a été une chance pour la France – et je vous saurai gré de prendre acte de ce que coûte à l’anti-sarkoziste primaire que je suis d’écrire ça – c’est parce qu’il introduisait enfin de la justice sociale chez les entrepreneurs français. Oui, le plus analphabète des Présidents de la République française (il faut vraiment être Québecois pour croire qu’il ait pu faire Science Po Paris), celui que d’aucuns aiment par un joyeux effet boomerang traiter de « pauv’ con » a enfin introduit un peu d’intelligence dans le système économique français.

Pourquoi refuser aux entrepreneurs la justice sociale?

Le poujadisme de certains entrepreneurs (qu’ils soient artisans, commerçants, pigeons ou présidents du MEDEF) rend malheureusement inaudibles tous les vrais drames de l’entrepreneuriat en France. Je dis souvent que si l’Assurance Maladie des salariés était aussi mal gérée que le RSI, la France entière serait dans la rue. Ce n’est pas parce qu’ils sont de droite qu’il faut leur infliger le pire de l’administration française (sauf à vouloir les faire virer encore plus à droite?)!
Et un drame similaire se joue autour de la fiscalité des entreprises. Grâce à Joseph Caillaux – qui a pourtant laissé moins de traces dans la mémoire de la gauche que le moins efficace Léon Bourgeois – les citoyens français bénéficient d’un impôt sur le revenu proportionnel.  Plus je gagne d’argent, plus je paie d’impôts. Logique. Et juste aussi bien fiscalement que socialement. Cette justice n’est pas présente dans toute la fiscalité individuelle, il existe des taxes fixes pour tout le monde, comme la TVA. Mais disons que la justice sociale gouverne plutôt cette fiscalité.
A l’opposé, on retrouve la fiscalité des entreprises. Et là, plus personne ne se soucie de justice fiscale… A croire que les gouvernements de droite n’ont pas intérêt à introduire une justice fiscale qui serait défavorable aux grandes entreprises. Et à croire que les gouvernements de gauche n’en ont rien à secouer d’introduire de la justice fiscale chez une population votant très majoritairement à droite.
On matraque donc chaque entreprise d’impôts fixes tous les ans. Pour donner une chance de survie aux créateurs d’entreprise, on exonère bien les sociétés de nombreux impôts l’année de leur création… Ce qui a le mérite de… leur faire croire qu’elles peuvent être rentables et de repousser à la deuxième année leur fermeture. Imposer des sociétés qui n’ont pas encore créé de la valeur, quel intérêt?

L’espoir qu’introduisait le statut d’auto-entrepreneur

C’est – pensais-je – pour en finir avec ces aberrations qu’a été créé, telle une expérience pilote, le statut d’auto-entrepreneur. L’auto-entrepreneur paie des impôts en proportion de la valeur qu’il génère. Changement capital, dont j’espérais qu’il allait s’appliquer à toute l’économie française (idiot que je suis). Surtout quand on voit l’écho positif qu’il reçoit dans la population française…

Aujourd’hui, ironie de l’histoire, c’est au nom de la justice, avant d’éviter une « concurrence déloyale », qu’on va étouffer ce statut, le limiter dans la durée, après lui avoir ajouté toujours davantage d’impôts « fixes » (et ce, bien avant l’arrivée de la gauche au pouvoir). Plutôt que donner davantage d’oxygène à toutes les entreprises, on rend le statut d’auto-entrepreneur aussi absurde que celui des autres entreprises françaises. « Il est injuste que le statut d’auto-entrepreneur soit le seul régime juste; donc on va le rendre aussi injuste que les autres »…
Ô Pinel, le second couteau que tu es ne sera donc pas le Joseph Caillaux du XXIème siècle que les entreprises attendent désespérement…
En me documentant pour ce billet, j’apprends que la Ministre à la tête de cette réforme a fait toute sa carrière politique aux côtés de Jean-Michel Baylet… Et là, je crains le pire pour l’avenir de ce statut…

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