De l’inutilité du bio

pommes_bio

Qui n’a jamais eu la chance de partager un repas avec un Croisé du bio, de devoir justifier des origines de chaque aliment ingurgité voire de jeter à la poubelle un poulet de batterie peut s’interroger sur la nécessité d’un tel billet…

Parce qu’il n’est pas toujours de bon ton de répondre « Parce que c’est moins cher et je t’emmerde » à la question « Pourquoi as-tu fait le choix saugrenu de ne pas manger bio? », tâchons de renverser la tendance et regardons de plus près pourquoi il faudrait manger bio…

Bon pour nous?

On nous dit souvent que manger bio, c’est meilleur au goût et meilleur pour notre santé. Bref meilleur pour nous.

Meilleur au goût voudrait dire que les industriels, les « intensifs », eux, font le nécessaire pour rendre leurs produits moins goûtus? Ce serait mésestimer leur attrait véniel pour les goûts du public.

Que le goût de produits industriels soit plus racoleur, plus facile, plus adapté aux envies des consommateurs, on en conviendra aisément. Mais la théorie des goûts et des couleurs m’interdit de jouer à l’écouleur et de jeter ces produits à l’égoût.

Les goûts des produits bios sont souvent plus diversifiés, plus originaux, plus intéressants… non pas parce qu’ils sont bios; simplement parce qu’ils sont souvent (mais pas toujours comme nous le verrons…) produits de manière assez artisanale. Un produit bio laisse souvent apparaître un agriculteur soucieux de faire découvrir des saveurs uniques; quand derrière un produit de consommation courante se cache un agriculteur réduit au statut de sous-traitant de l’industrie agro-alimentaire.

Quand un agriculteur bio fait de « bons » produits, c’est donc en tant que petit producteur, pétri de convictions, en tant que véritable artisan de la terre et non en tant que producteur bio. Il existe également d’excellents produits que l’on doit à des amoureux du terroir, qui n’ont pas l’appelation bio.

Pour rassembler la grande masse hédoniste autour de la cause écologiste, il est sans doute besoin de laisser penser que faire du bien à la planète c’est se faire du bien hic et nunc… Il faut présenter un bénéfice produit immédiat; donc on nous vend des qualités gustatives qui ne sont pas consubstantielles à l’agriculture biologique.

Dans la même veine, on nous vend des qualités sanitaires qui n’ont jamais été prouvées scientifiquement. Le bio serait même souvent moins bon pour la santé car l’un des rares avantages d’une production intensive réside justement dans l’automatisation des procédures phyto-sanitaires.

Il faut vraiment donner dans le rousseauisme de base pour penser que tout ce que nous offre la nature est d’emblée et définitivement bon.

Bon pour la planète?

coccinelle mangeuse de puceronA défaut d’être une alimentation nécessairement bonne pour un jouisseur primitif, peut-on recommander à l’ascète assez congénital (non ça ne désigne pas une baleine espagnole hermaphrodite, espèce de zoophile a-hispaniste primaire), lui qui met l’avenir de la planète au-dessus de son plaisir personnel, de manger bio?

Malheureusement, le label bio n’a pas non plus grand chose à voir avec le bien-être de notre planète. Un produit sera considéré comme bio si sa production n’a pas nécessité l’usage de certains pesticides, engrais ou produits phyto-sanitaires déjà utilisés avec parcimonie dans l’agriculture intensive. Ce label ne tient nullement compte du bilan carbone nécessaire à sa production. L’opposition bio vs industriel complaisamment reprise au début de ce billet est un grave contre-sens allègrement colporté par le lobby bio… Car il existe bien évidemment une industrie bio. Il existe même une production bio mondialisée. On irrigue par exemple l’eau du Nil pour venir arroser massivement, en plein soleil, des productions bi-annuelles qui vont contre toutes les règles élémentaires de l’assolement… et qu’on va retrouver sur nos étals bios.

Quand on procède par exemple à l’introduction massive de coccinnelles pour éradiquer les pucerons d’un champ de tomates, on s’amuse à déséquilibrer un éco-système; de sorte qu’on en arrive à penser qu’on aurait moins joué aux apprentis sorciers avec une faible dose d’insecticide… A moins bien sûr de penser qu’une coccinelle est par essence une créature divine ne pouvant faire aucun mal à son environnement…

Le locavore: eldorado de l’agriculture écologique?

Qui souhaite concilier son alimentation avec sa conscience écologique n’est pas pour autant dépourvu de solutions. La plus crédible à mon sens est le choix du locavore, c’est-à-dire l’adoption d’une alimentation locale, afin d’éviter notamment les dégâts écologiques générés par le transport et le surremballage des aliments.

Evidemment, cette solution peut être difficile à adopter dans certaines régions. A Paris par exemple il y a sans doute plus de consommateurs locavores que de producteurs de produits locaux (à moins de s’alimenter exclusivement à base de céréales…).

Evidemment manger local ne permet pas toujours de bénéficier d’une alimentation variée… Je vous conseillerai même de faire quelques configures de coing pour accompagner vos menus estivaux et de garder quelques pruneaux pour les longues soirées d’hiver… Mais qui est assez naïf pour penser qu’il y a concomittance absolue entre ce qui est bon pour nous et ce qui est bon pour la planète?

Evidemment, pour que la consommation locale soit possible en France, il faudrait faire un autre choix de politique agricole (ce qui fera l’objet d’un prochain article…). Aujourd’hui on sur-subventionne l’agriculture intensive. Demain on va sans doute soutenir davantage l’agriculture biologique. Omettant dans les deux cas la restructuration de l’agriculture française, qui doit passer par la fin de la régionalisation des cultures (le porc en Bretagne, les fruits et légumes en Languedoc-Roussillon, etc.).

En mettant l’accent sur une consommation locale, vous éradiquerez par là même les excès de l’agriculture intensive que sont censés combattre l’agriculture biologique. En diversifiant l’agriculture bretonne, qui peut penser que les algues vertes pourra perdurer? En demandant à un agriculteur de vendre ses produits localement, qui peut penser qu’il abusera des pesticides? Et, au final, en adoptant la locavore attitude, qui peut penser que votre bio-ami pourra encore user de l’arme de la culpabilité à votre égard?

banquiseEn faisant ce choix alimentaire, vous pourrez en effet découvrir à votre tour le plaisir insoupçonné de la culpabilisation:

Quoi? Tu manges du bio? Ce label insensé créé par les industriels pour nous vendre des produits deux fois plus chers et nous faire croire que le combat durable se joue sur ce terrain-là? En achetant bio, tu fais le jeu médiatique du complot judéo-maçonnique anti-locavore.

Tu sais que c’est parce que tu manges bio que la banquise fond et menace d’inonder le Bangladesh? Après, tu fais ce que tu veux… Si ça te plaît de laisser une planète dévastée à nos enfants, c’est ton choix… et je le respecte totalement…

3 Comments

  1. Stephane dit :

    Pas du tout convaincu! A choisir entre le desordre causé par Monsanto ou des coccinelles, je préfère de loin les coccinelles!

  2. Olivier dit :

    Bonjour Stéphane,

    Mon article n’a pas dû être assez clair et je m’en excuse. Car il ne s’agit pas de défendre Monsanto versus l’agriculture bio, mais plutôt le locavore versus une agriculture bio dont le label ne garantit pas le respect optimal de l’environnement.

    Quand vous brandissez l’étendard de Monsanto comme celui du mal absolu, je ne sais pas si vous voulez parler de la question des OGM, de la privatisation des semences ou seulement des pesticides.
    - s’il s’agit des OGM, vous semblez croire ou laisser croire que l’agriculture française non bio n’est faite que d’OGM… Pourtant la majorité de l’agriculture française n’est ni bio ni faite d’OGM. C’est justement ce genre de syllogismes fallacieux que ce billet voulait dissiper. « Le bio est l’opposé de l’agriculture traditionnelle; Le bio n’utilise pas d’OGM; donc l’agriculture traditionnelle utilise des OGM »… Bah non. Et comme je le dis en fin d’article, je crois que le locavore est la meilleure arme contre des pratiques potentiellement néfastes telles que les OGM.
    - s’il s’agit de la privatisation des semences, je ne sache pas que le label bio interdise cette pratique. Comme une industrie bio se met aujourd’hui en place, j’aurai même tendance à penser qu’elle pourrait s’y étendre assez facilement.
    - s’il s’agit des pesticides vs coccinelles, il faut être vraiment naïf (ou croyant, ce qui revient au même) pour penser que les êtres de la nature (ou de Dieu) ne peuvent faire de mal à la Nature… Le désordre causé par des pesticides dont les doses sont contrôlées n’a rien à voir avec un usage déraisonnable d’un prédateur. Une fois le désordre de l’écosystème engendré, comment arrêter l’effet boule de neige? En utilisant des pesticides encore plus puissants?…
    Pour info, l’usage énamouré des coccinelles en lieu et place des pesticides a permis l’introduction en France d’une espèce de coccinelle asiatique très néfaste pour nos écosystèmes hexagonaux…
    http://www.jardinier-amateur.fr/reportages-jardin/differences_entre_les_coccinelles_asiatiques_et_europeennes,106.html

  3. Philippe Thibaudière dit :

    De la même manière, il me semble que rabaisser les moyens écologiques de lutte contre les nuisibles à la seule introduction des coccinelles, participe de la même mauvaise foi que vous vous employez à dénoncer dans votre billet. Ce serait faire fi de la permaculture, des cultures dites complémentaires, et autres moyens de lutte non déstabilisant pour les écosystèmes. Vous avez raison sur plusieurs points, toutes les solutions mises en place par la pratique de l’agriculture biologique ne sont pas forcément adaptées ou intelligentes (elles ont au moins l’avantage de ne pas polluer nos nappes phréatiques cependant, il est étonnant que vous occultiez ce point dans votre diatribe), cependant il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Les techniques s’améliorent et permettent de s’affranchir des poisons que l’agriculture intensive saupoudre dans nos assiettes (car oui, un poison, même dispensé à faible dose, reste un poison et non pas un complément alimentaire). Donc, les produits bio n’ont aucune vertu « magique » je vous l’accorde, ils ne sont pas forcément meilleur au goût, ne contiennent pas plus de nutriments, ne font pas grandir plus vite. Cependant, ils permettent de revenir à un cycle de production plus sain, moins polluant (rien n’empêche de manger bio ET local, c’est d’ailleurs mon cas) et même de revaloriser les producteurs(en cela, les Amap jouent un grand rôle). Ne soyez pas tenté d’opposer le bio à la pratique d’une consommation intelligente et raisonnée, ce sont au contraire deux processus qui gagnent à s’harmoniser. Le bio existe en dehors des grandes surfaces et, grâce aux Amap, est accessible à tout un chacun. Je vous invite à sortir du carcan de votre réflexion teintée de mauvaise foi (certainement éprouvée par quelques intégristes du bio en manque d’arguments fiables), et à employer votre très jolie plume (vous lire est un plaisir pour les yeux) à batailler pour de plus nobles causes, que le cynisme, sous toute ses formes, ne saurait entacher.

Leave a Comment

Powered by WordPress | Deadline Theme : An AWESEM design