Fier d’être né quelque part

carte-provinces

Il était une fois un ami, du genre sans peur, sans reproche et surtout sans patrie… Du genre déraciné régionalement parlant et fier de l’être.

Un jour il demande à sa chère et tendre :

« Mais quel plaisir pervers et malsain trouves-tu à retourner dans ta Sarthe natale ? A la limite, j’arrive à comprendre qu’une personne puisse rester attachée à une vraie région qui sent fort les traditions. J’arrive à comprendre qu’on puisse s’attacher à la Paimpolaise qui attend son marin, au sémillant berger pyrénéen qui part en transhumance avec son troupeau de laine sur pattes voire à la Cagole niçoise dont la discrétion n’a d’égale que la distinction…

Mais la Sarthe ?

Rillettes, 24h du Mans et aires d’autoroute sont un peu la sainte Trinité sarthoise, avec François Fillon et Steve Boulay comme seuls apôtres. C’est un peu juste pour justifier ton périple mensuel dans ce temple du vide… »

 

Sarthe

Les plaines verdoyantes de la Sarthe

Ma première réaction fut de bénir le Ciel d’avoir un ami aussi dingue… un ami qui sache aussi bien poser une question à laquelle vous ne trouverez jamais la moindre réponse.

Et si les Deux-Sèvres n’étaient pas le plus beau département de France?

Parce que je dois avouer que ce débat n’est pas sans me mettre en difficultés… Je cultive depuis une bonne dizaine d’années le dénigrement systématique de tous les Sarthois que je croise ; mais je dois également reconnaître que mon cher département natal du 79 n’est pas sans rivaliser d’inanité avec le 72. Et si j’ironise aussi souvent sur ce département suffisamment contingent pour avoir cédé à la facilité de se choisir Le Mans en guise de préfecture, c’est sans doute emporté par une véritable joute intervillesque du département le moins indispensable ; une joute qui a au moins le mérite de me rêver en Léon Zitrone défiant Guy Lux.

Je me retrouve donc partagé entre la volonté de céder à la facilité de la moquerie cynique de tous ces régionalismes… et le besoin d’expliquer mon propre attachement aux Deux-Sèvres (et oui, pauvre lecteur inculte boursouflé d’ingratitude et d’ignorance crasse, tel est bien le département qui se cache derrière le 79).

Un peu comme Brassens qui chantait les imbéciles heureux d’être nés quelque part tout en clamant [rien à voir avec le pharaon égyptien] son attachement à son Sète natal.

C’était mieux avant…

Alors bien sûr, on essaie toujours de se trouver de bonnes excuses pour justifier son propre régionalisme (oui, désolé, je ne parle pas de départementalisme ; je préfère encore la justesse sémantique à l’exactitude conceptuelle).

« Les Deux-Sèvres [la prochaine fois qu'Open Office Writer me propose Deux-Sèvre en guise de correction automatique, je lui envoie un chabichou à la figure …], évidemment que ce n’est pas un vrai département… C’est ce putain de jacobonisme centralisateur qui a voulu casser notre élan régional. Parce que, nous, les Nord-Deux-Sévriens, on est des Chouans, des ventre-à-choux, bref des Vendéens. Zont divisé pour mieux régné, et paf, maintenant on se moque de mon département qui veut rien dire.

Mais c’est pas ma faute s’ils ont mêlé ma grande et belle histoire régionale avec les mutualistes, les sous-offs et les ségolénistes du Sud Deux-Sèvres »

C’est vrai que si on prend une carte de France des Provinces, on retrouve la trace des « vrais » découpages culturels français que la République française a dû éclater pour mieux affirmer son identité et son unité.

Une fois dit ça, on a sauvé l’honneur du Nord Deux-Sèvres et de quelques autres départements sinistrés (je pense notamment à la Loire-Atlantique, concept incongru mêlant eau douce et eau salée, beurre doux et beurre salé, pour mieux casser l’unité bretonne). Mais reste le cas problématique de la Sarthe…

Comment juger objectivement de l’intérêt d’une région?

Dit autrement (c’est-à-dire sans anti-sarthisme primaire), pourquoi s’attache-t-on à une culture régionale d’apparence insignifiante ? Existe-t-il des cultures régionales supérieures aux autres ? Si oui, qu’en est-il alors des cultures nationales ? Ne risque-t-on pas de nous abaisser à cette idéologie fascisante qui est à la pensée ce que le saucisson et le vin du Sud-Est sont à la gastronomie et à l’oenologie ?

Pour arriver à une hiérarchie honnête des cultures locales, il faudrait établir un jury objectif, qui sache s’extraire de tout attachement régional. Exercice bien difficile…

Mon ami apatride consanguin du département pourrait peut-être intégrer un tel Comité des Sages. Mais en y réfléchissant bien, ce Monsieur a quelques attachements marseillais. Donc toute culture régionale qui n’a pas l’exubérance tapageuse qui sied si bien aux Bucco-Rhodaniens lui semble bien fade.

constructivisme

Y a pas une réponse E plus axée philo, Jean-Pierre?

A l’inverse, mes amis sarthois, tout imprégnés qu’ils sont de cette culture plus discrète, vont avoir plus de difficultés à s’identifier à des régions aux traditions plus tapageuses.

Si l’on se sent bien souvent en phase avec notre culture régionale, c’est parce qu’elle nous a construit (et oui, je cède à la facilité d’une conclusion constructiviste). Familles, amis ou simples connaissances croisées ici et là sont les vecteurs de ce terroir local. Si on aime à revenir dans nos départements aussi ridicules qu’ils puissent paraître aux yeux d’allogènes, c’est qu’on est sûr d’y retrouver un terroir, des personnes et surtout des valeurs qui nous parlent, avec lesquels on se sente immédiatement en empathie.

Cela ne signifie pas qu’on rejette d’emblée, telle la première Marine basse de plafond, toutes les autres cultures. Juste qu’on voit toutes les autres cultures à l’aulne de notre culture originelle.

Cette thèse a un corollaire important: on ne peut pas aimer toutes les cultures. Autant il me semble compliqué d’affirmer la supériorité d’une culture sur une autre… autant le politiquement correct qui consiste à affirmer qu’on doit nécessairement aimer toutes les cultures commence à me chatouiller les naseaux.

Je peux visiter un département, une région ou un pays et ne pas aimer sa culture. Ce n’est pas grave… Ca ne veut pas dire qu’on n’aime pas ses habitants, qu’on considère que cette culture est inférieure. Juste qu’elle ne colle pas avec notre propre tempérament et à notre système de valeurs.

Etant petit, on m’a appris à ne pas dire : « les betteraves c’est pas bon » mais plutôt « je n’aime pas les betteraves ».

On devrait parfois se souvenir que dire « je n’aime pas cette culture » ne signifie pas « cette culture ne vaut rien ».

 

PS : j’espère n’avoir vexé aucun Sarthois, parce que le Sarthois est souvent très susceptible et qu’il a toujours un couteau bien aiguisé pour découper le cochon.

Critiquer la Sarthe, c’est la faire exister. Vous pourriez donc me reconnaître le mérite d’en parler. Je dois être le seul blogueur français à parler de la Sarthe. Alors évidemment j’ai une audience à peu près insignifiante… mais vous ne vous attendez pas non plus à trouver un article entièrement consacré au 72 sur presse-citron non plus ?

La Sarthe est une telle région sinistrée bloguesquement parlant que je parie un pot de rillettes du Mans (les vraies, les dégueus, celles avec des fils qui restent entre les dents) que dans une semaine, je suis en premier page de google sur la requête « Sarthe ».

3 Comments

  1. Jojolef**** dit :

    Non je pense que la sarthoise n’est pas vexée car elle n’est pas encore connectée à votre blog, Monsieur, mais cela ne devrait pas tarder et alors là attention ! Il faudra beaucoup de Picard pour se faire pardonner !
    Tout en reconnaissant humblement ne rien y connaître en culture régionale et en être fier (!) je reste persuadé que la Sarthe est peut-être le seul exemple de culture arégionale pure. Selon moi les sarthois sont, pour adopter votre point de vue constructiviste, des individus produits non par une « culture » mais par une « absence de culture », et qui se sentent étrangement très attachés à cette absence. C’est pourquoi j’aurai tendance à les placer au sommet de ma hiérarchie subjective… Je trouve très belle cette vaporeuse désaffiliation généralisée mêlée de fonctionnalisme très concret (rillettes, voitures et assurances), sorte de vacuité bouddhico-régionale, d’épochè identitaire et de froid réalisme rationnel (manger, se déplacer, assurer sa sécurité). C’est anthropologiquement parlant très soulageant de savoir qu’on peut vivre très bien sans identité. C’est pour moi (l’apatride) le fond et l’essence de l’évangile sarthoise !

  2. Olivier dit :

    Bon bah je pense que le stade où les commentaires sont plus érudits et plus amusants que les billets du blog signifie au choix:
    - la fin dudit blog
    - le recrutement des commentateurs en auteur.

  3. Le Sarthois dit :

    J’apprécie surtout ta propre auto-critique qui confirme ce que je pensais. Les « Deux-Sèvre » (merci Open Office!), ça ne ressemble à rien et on a beau dos après de se foutre de la gueule des Sarthois qui ont su donner à la France, outre les rillettes et les 24h, et MMA comme le souligne jojolef****, de grands hommes d’Etat : Ledru-Rollin et Fillon!! En outre, Sablé-sur-Sarthe n’est-elle pas en train de devenir le plus grand noeud ferroviaire de France?!!

    Je te propose un compromis. On revient tout juste d’une chambre d’hôtes nichée dans le fin fond de la Mayenne, près de Mayenne-City. Je ne te raconte pas l’absence totale de culture chez ces bouseux, et culture dans les deux sens du terme. En termes de péquenauds apatrides, eux, ils tiennent le record toutes catégories, des champions du monde! Et leur logo (http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Logo_53_mayenne.jpg) : non seulement aucun Mayennais ne s’est jamais distingué dans l’Histoire (on ne peut pas dire que Jean Arthuis ait marqué les mémoires durablement), mais en plus, ils osent se réapproprier Pégase comme icône. Et pourquoi pas Betty Boop ou Footix ?!! Il y a assurément d’un côté les bouseux pétris d’identité et d’histoire et de l’autre les Mayennais (tu as remarqué que le correcteur automatique te propose Mayonnaise à la place!!).

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