La crise expliquée par les clubs de football

uefa ligue des champions

L’économie mondiale souffre d’un hyper-libéralisme que l’on tarde à mettre au placard. Il est assez intéressant de constater qu’on peut retrouver tous les ressorts de la crise économique mondiale dans la crise que le football européen est en train de vivre.

A une différence près: malgré toutes les mafias qui tournent autour du football, l’UEFA entend instaurer un fair-play financier au plus vite… un volontarisme réformateur dont le G20 ferait bien de s’inspirer…

Mêmes causes, mêmes conséquences

Evidemment les racines du mal sont les mêmes, que l’on parle des entreprises françaises en général ou de ces entreprises pas comme les autres que sont les clubs de foot français.

anthony modeste sébastien puygrenier

L’arrêt Bosman est devenu le symbole de la mondialisation voire de la financiarisation du football européen. En étendant la libre circulation des marchandises européennes aux footballeurs, ces derniers sont devenus un bien comme les autres. Et les clubs européens sont entrés dans une compétition inégale sans répit. Vos joueurs de football sont plus imposés dans votre pays? Il vont dans le pays d’à côté et vous n’avez plus que vos yeux pour pleurer en regardant les duels entre Anthony Modeste et Sébastien Puygrenier?

Vous pouvez toujours essayer de contourner la fiscalité de votre pays, faire passer, en Philippe Saint-André de base,  une bonne partie des salaires en droit à l’image (comme s’il pouvait y avoir du droit à l’image sur Bernard Mendu…), vous ne vous en sortirez jamais. L’hyper-libéralisme triomphant ne renoncera jamais à la sacro-sainte neutralité. Vous assistez à un combat entre votre grand-mère et Mike Tyson; vous voulez donner un canif à mamie pour se défendre; le système vous l’interdit. Le combat doit rester juste et équitable: aucun des deux combattants ne doit bénéficier du moindre avantage concurrentiel…

Dans ce contexte de concurrence féroce, chaque club est amené naturellement à s’endetter (et oui, ce système a un avantage: faire fonctionner les banques), voire à se surendetter. Si bien qu’il semble aujourd’hui impossible d’être un grand club européen sans surendettement.

Mais quand un club est sur le point de faire faillite (je ne citerai ici aucun club espagnol pour ne pas froisser des supporters valencians ou madrilènes), que fait-on? La même chose que quand un pays ayant renoncé à la fiscalité se retrouve sans ressources: on demande aux concitoyens de payer la note (via par exemple des dons ou des quasi-dons de propriétés publiques en vue de permettre à ces clubs de vendre leurs précieux terrains d’entraînement).

L’Allemagne: un exemple à suivre?

Les règles du jeu sont donc assez similaires entre le football européen et l’économie mondiale. Et dans les deux cas, l’Allemagne semble d’ailleurs faire office de bon élève, en regard des mauvais élèves hispaniques, irlandais, grecs ou français.

Il est vrai que le football espagnol est le football qui vit le plus au dessus de ses moyens (avec le football anglais; mais celui-ci a l’avantage d’avoir trouvé de généreux mécènes…). Tandis que le football allemand est celui qui est le mieux structuré. Il se base sur une économie réelle, avec un grand nombre de supporters et de substantielles rentrées d’argent grâce notamment à leurs stades élevés au rang de parcs d’attraction.

Pourtant je vois deux limites à ce parallèle:

  • supporter allemandAutant le football allemand semble un vrai modèle à suivre pour le football européen, autant les références à l’économie allemande sont souvent plus sournoises. On prend exemple sur un peuple qui souffre d’un manque de natalité et on s’extasie sur leur taux de chômage relativement faible, qui est principalement dû au fait que moins de jeunes allemands arrivent sur le marché du travail. Et on nous demande de retarder l’âge de la retraite pour plaire aux agences de notation, alors même que le bon taux de natalité français ne l’impose pas nécessairement.
  • A front renversé, la France semble être un pays plus vertueux au niveau footballique qu’au niveau économique. Notre football a créé depuis longtemps une instance de régulation, la DNCG, qui nous condamne certes à avoir un football de merde, mais qui permet à nos clubs de ne pas vivre au-dessus de leurs moyens. Nos clubs sont pauvres parce que nous n’avons pas/peu de vrais fans de football en France pour remplir des stades vétustes; pas parce qu’on les empêche de s’endetter. Si bien qu’aujourd’hui, la DNCG semble un exemple à suivre pour le football européen. Si seulement on avait pu instaurer de telles instances de régulation pour l’ensemble de l’économie française, la France serait peut-être plus écoutée aujourd’hui au sein des instances internationales.

Bref cette comparaison a ses limites. Mais elle donne à voir que les responsables de la crise sont moins ceux qui profitent du système (les spéculateurs, les agents de joueurs ou qui sais-je encore) que ceux qui n’ont pas mis en place les instances de régulation interdisant ces manoeuvres.

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