Pour ou contre le dopage?

culturisme

Ecrire un article sur le dopage pendant le Tour de France est devenu une sorte de marronnier 2.0. Les journalistes couvrant cet évènement sont, eux, bien plus discrets sur la question.

La grande masse des Jean-René Godard de base (désolé du pléonasme) connaissent le dopage, se disent contre mais l’acceptent dans les faits. Il ne faut pas tirer sur le premier Jean-René ambulant : on adopte tous des postures similaires dans notre métier ou notre vie personnelle à bien des égards.
Ce qui va nous intéresser ici n’est donc pas de savoir s’il faut dénoncer le dopage, si on peut gagner le Tour de France sans dopage ni même de tâcher de comprendre pourquoi le cyclisme est toujours le sport le plus pointé du doigt en la matière.

Non, on va plutôt se concentrer sur ce bon vieux débat qu’on ne peut avoir qu’à la machine à café, autour d’un zinc de bistrot ou à la fin d’un repas suffisamment alcoolisé: faut-il être pour ou contre le dopage.

Dans ce type de circonstances, on se retrouve vite pris entre deux feux auxquels on ne souhaite pas nécessairement se rallier:

Robert de la compta soutient qu’il faut interdire toute forme de dopage. C’est immoral, ça empêche les plus méritants de l’emporter. Et pis, c’est mauvais pour la santé.
Kévin du marketing pense que de toutes façons ils sont tous dopés d’une façon ou d’une autre et qu’il serait bien plus simple de légaliser massivement le dopage. Au moins tout le monde partirait avec les mêmes chances.

Réponse à Robert

Source: fuckingkarma.com

Bon, Robert, c’est bien joli ta posture moralisatrice digne des plus belles pages de Télérama, mais tu  ne peux pas interdire toute forme de dopage. Parce que la définition même du dopage est purement conventionnelle. Dans un pays, la créatine va être interdite; dans un autre elle sera autorisée.
Tu me diras qu’il suffit d’interdire tout produit ou toute pratique favorisant les performances?
Le problème, c’est qu’on risque de laisser nos sportifs professionnels mourir tel un bénéficiaire de la CMU auquel on refuse tout rendez-vous dans nos chers cabinets libéraux. Lance Armstrong ne pourrait même plus prendre le moindre cachet de paracétamol, dopage favori des footeux du dimanche qui s’oxygènent ainsi le sang…
Pire encore, on va finir par transformer nos sportifs en mannequins anorexiques si on considère que le fait de manger un maximum de féculents est la première forme de dopage. 

La posture éthique qui consiste à essentialiser le dopage, à en faire un tout indivisible nous accule à un choix binaire assez déstabilisant: refuser ou accepter unilatéralement toute forme de dopage.

A moins de laisser les sportifs mourir de faim ou de la première fièvre venue, cette posture nous conduit donc, paradoxalement, à accepter toute forme de dopage…

Et là le fanclub de Kévin jubile tandis que le fanclub de Robert quitte le blog…

Réponse à Kévin

A moins que…
A moins de refuser ce choix extrémiste imposé par Bob. Un être humain, ce n’est ni une monade déconnectée de son environnement, ni un être anecdotique à la croisée de toutes les molécules pharmacologiques existantes.
Kévin ne peut pas totalement faire abstraction de l’argument sanitaire. On ne peut pas laisser sciemment des êtres humains ruiner leur santé. Quand on se transfuge du sang de veau ou quand des athlètes est-allemandes tombent enceinte de leur entraîneur pour favoriser leurs performances le temps d’une compétition et ensuite avorter; on ne peut pas s’interdire toute réflexion sur le dopage.  D’autant que ces pratiques dopantes trouvent bien souvent un terrain fertile chez une population jeune et socialement désoeuvrée, bien loin de tout choix conscient et rationnel.

Ces deux thèses jusquauboutistes nous permettent ainsi de mieux comprendre et de mieux accepter la nature foncièrement conventionnelle du dopage.
Si le dopage n’est qu’une convention, il ne nous reste qu’à passer notre temps à discuter les règles de dopage pour contribuer à leur amélioration. Le seul choix possible réside dans la régulation… ou plus exactement la réglementation (la régulation étant un magnifique néologisme technocratico-libéral, inventé pour dire qu’il faut créer des règles sans sanctions).

Oeufs mollets

C'est quoi le rapport entre des oeufs mollets et les mollets cyclistes?

Au fond, ce que révèle le dopage, c’est l’essence foncièrement réglementatrice de l’homme. C’est  l’indispensable couche de culture, de règles morales et légales que les modestes bipèdes que nous sommes viennent ajouter à une nature profondément absurde.
Prenez un mollet féminin. Pas au sens landruesque du terme; ce n’est qu’un exemple.
Rien n’est plus absurde qu’un mollet féminin. Au naturel, un mollet féminin (même imberbe), c’est assez anodin. Ajoutez une couche de normes culturelles, mettez-lui des talons au pied, et le galbe de ce mollet se retrouvera sublimé et pourra devenir l’objet de tous les fantasmes pervers masculins.

Morale de l’histoire: les règles anti-dopages sont aux cyclistes ce que les talons sont aux mollets féminins: une contrainte, un challenge et, au final, leur raison d’être.

Comments are closed.

Powered by WordPress | Deadline Theme : An AWESEM design