Pourquoi j’aime Twitter

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L’utilisation frénétique des médias sociaux, ce n’est pas pour moi… Pourtant, je ne cesse d’aimer toujours davantage Twitter. Sans doute parce que c’est différent. Sans doute aime-je Twitter comme certains ont aimé Apple contre Microsoft, Pepsi contre Coca, Epicure contre Platon.

Avant qu’iOS5 et que la version Mango de Windows Phone 7 n’intègrent Twitter en natif et ne développent un peu plus son succès – au risque de lui faire perdre une partie de son intérêt voire de son essence – je vais essayer de comprendre pourquoi la cristallisation s’est opérée autour de ce réseau social qui ne paie pourtant pas de mine…

Pour changer de billets mêlant critique féroce et cynisme désabusé, voici donc un ode au petit oiseau bleu qui ajoutera une touche de candeur à ce blog… Même s’il n’est pas dit que certains concurrents de ce réseau social de microblogging ne soient victimes, au passage, de dégâts collatéraux…

Les 140 caractères

En réfléchissant bien, je me rends compte que les raisons qui me font aimer Twitter sont précisément les raisons pour lesquelles la plupart des facebookiens maudissent Twitter… Serait-ce la preuve que je suis dans une logique de contradiction permanente vis-à-vis de la majorité ? Sans doute, même si on ne peut hâtivement exclure l’idée que c’est la foule qui est dans une logique de contradiction permanente vis-à-vis de moi ;)

Plus sérieusement, je comprends que la contrainte des 140 caractères puisse effrayer. Connaissant ma propension immodérée à la digression logorrhéique, elle a même longtemps été un frein à mon inscription sur Twitter. Je craignais également que ces satanés 140 caractères enfantent les mêmes monstres que les non moins fameux 160 caractères des SMS, parfaite excuse au massacre permanent de la langue française… N’ayons pas peur de dire les choses: le SMS est un loup pour l’homme.

Oui mais voilà ; sur Twitter, comme sur un forum, on s’exprime de façon publique et non intime. Si on use du langage SMS – si tant est qu’on puisse encore appeler cette forme de communication digne d’une peinture rupestre signée d’un homme de Kro-moignon « langage » – on se fait tout de suite remettre en place.

De sorte qu’on s’interdit bien vite de dire en 140 caractères ce qu’on voulait dire en 140 mots. Notre pensée se moule à cet interdit… mieux elle l’intègre, le détourne, s’en joue pour donner naissance à des trésors d’intelligence. Le regretté Marc Vilrouge avait bien raison d’affirmer que « l’interdit donne de la saveur, la censure du talent »… Il suffit de savourer les bons mots de @mmepastel, de @Vinvin, de @DameClicquot ou encore de @Maitre_Eolas pour se dire que cette contrainte peut vraiment être jubilatoire.

Les remarques percutantes fusent tellement rapidement sur Twitter que j’ai l’impression de passer certaines journées à jouer au twurator… à jubiler à l’idée de retweeter les bons mots des autres (je retwitterai le magnifique chiasme^3 du profil d’@Chlorophylienne le jour où les profils deviendront retwittables)… tout en me maudissant de ne pas avoir trouvé par moi-même la plupart de ces saillies de l’esprit. Bref, loin de se cantonner aux lolcats, l’oiseau bleu fourmille d’une poésie et d’un humour digne du plus grand petit oiseau bleu n’ayant jamais existé :

Vive la sérendiptweeté (ne pas confondre avec l’oisivetweeté)

Puits de créativité pour les auteurs, la concision des messages sur Twitter est également une véritable chance pour les lecteurs. Chaque jour, on peut butiner de nombreux tweets différents, et découvrir autant de points de vue divergents sur un même sujet. L’une des activités les plus réjouissantes de Twitter consiste justement à suivre les livetweets liés à un événement auquel on ne peut malheureusement pas assister ou auquel on est malheureusement convié… Emission de télé-réalité débile ou conférence 2.0 resservant sempiternellement les mêmes poncifs éculés tels les pires scolastiques aristotéliciens moyen-âgeux, toutes les occasions sont bonnes pour suivre les bons mots de ses collègues de dérision…

Twitter est d’ailleurs devenu un outil incontournable en termes de veille ; et ce sur des sujets de plus en plus nombreux. Le système de « listes » se révèle être d’une efficacité redoutable… Alors qu’un flux rss vous donne bien souvent une version très parcellaire d’un article qui n’a pas été nécessairement pensé/adapté pour ledit flux, les 140 caractères d’un tweet ont été pesés et soupesés pour vous extraire le nectar du même article.

Mais le vrai charme de la veille sur Twitter réside dans le fait qu’on puisse lire des informations qui se situent a priori en périphérie voire en dehors de notre secteur de veille… et qui peuvent être, en fin de compte, totalement pertinentes pour nous. En la matière, le terme de sérendipité est peut-être usurpé… On ne découvre pas le vaccin contre la rage ou le four à micro-ondes tous les jours ; et encore moins sur un réseau social. Mais, à défaut de telles découvertes, on peut se surprendre à lire des informations que personne d’autre n’aurait eu l’idée d’aller chercher. Et qui justifient donc ce que d’aucuns ont tôt fait de qualifier avec mépris de « temps perdu à papillonner sur Twitter ».

Twitter, en véritable média instantané est souvent à la pointe de l’information, ce qui garantit d’avoir toujours un temps d’avance… mais oblige donc également à un recoupement des informations des plus minutieux.

Pas d’amis

A la suite de l’affaire DSK (#bistougate) et de la une de Télérama consacrée à Twitter, vous avez sans doute constaté que vos proches étaient de plus en plus nombreux à s’inscrire sur ce réseau social et vous demandaient des bons conseils pour y débuter de la meilleure des façons… avant de laisser leur compte Twitter abandonné au stade de petit œuf quelques jours plus tard, comme de bien entendu.

Les principaux reproches faits à l’encontre du petit oiseau bleu concernent souvent le peu d’amis qu’ils peuvent y retrouver et le caractère public de leurs tweets (à moins, évidemment, de créer un compte privé, mais c’est franchement moins rigolo).

Véritable frein à l’inscription ou à la pérennisation de son compte, l’absence d’amis IRL sur Twitter est pourtant une force de ce réseau.

Il m’est arrivé de ne diffuser certains articles de ce blog seulement sur Twitter, et pas sur Facebook. Chez Mark Zuckerberg, on doit affronter le regard social de proches avec lesquels on ne veut pas forcément avoir tel ou tel débat.

A vrai dire, je n’ai jamais bien compris l’intérêt de Facebook. Garder le contact avec ses amis ? Pour ça, je préfère partager une bonne bouffe avec eux. Garder le contact avec ses ex-amis ? Non merci. Comme tout organisme vivant, notre cercle d’amis est soumis à la sélection naturelle. Et c’est plutôt sain de ne pas garder le contact avec toutes les personnes qu’on a l’occasion de croiser dans sa vie… Sinon, on risque de se coltiner un dîner Facebook, le genre de dîner tellement ennuyant qu’on se dit, au bout de 5 minutes : « je me souviens pourquoi je ne voulais plus les voir ceux-là »…

Là où Facebook prône le repli communautaire sur ses connaissances (jusqu’aux plus déprimantes d’entre elles), Twitter permet de partir à la découverte d’inconnus qui peuvent se révéler passionnants.

Un réseau ouvert à la différence

Evidemment, le jour où 20M de Français seront sur Twitter, le charme exotique de ce réseau social risque de s’évaporer. Ce jour-là, la majorité des tweets consacrés au dernier événement en date seront moins ironiques et plus consensuels.

Mais l’exigence des 140 caractères est telle que je ne crois pas à un usage massif de Twitter.

Ce qui ne veut pas dire que Twitter soit réservé à une petite élite parisienne. De nombreuses communautés différentes cohabitent déjà sur Twitter, sans se marcher sur les pieds. On peut y trouver du Bielieber, du BlackBerry addict, du marketeux, du communautarisme religieux… Chacun ne voyant que les tweets des personnes ayant les mêmes affinités…

Et pourtant…et pourtant, il y a toujours la part des anges, ces comptes Twitter découverts au hasard d’un FF, d’un RT ou d’un # commun, ces points de vue radicalement opposés au nôtre qui nous arrivent aux oreilles alors qu’on n’aurait jamais dû en entendre parler. Une ouverture sur une conception différente du monde qu’on retrouve dans aucun autre média social… voire dans aucun autre média.

Certains peuvent se sentir noyés par une timeline infinie, d’autres se plaindre du manque de fonctionnalités développées en propre par Twitter, d’autres encore vont déplorer le manque de serveurs et l’apparition récurrente de la fameuse fail whale

Moi j’ai appris à aimer toutes les imperfections du petit oiseau bleu qui collent si bien avec notre nature perfectible. Mon seul souhait : que cette espèce protégée, menacée qu’elle est par un Google + qui permet également de s’adresser facilement à des inconnus, ne mute en un sous-facebook en vue d’assurer sa survie.

4 Comments

  1. J’aime ta vision de ce petit oiseau et plus je papillonne, plus je la partage… Je dirais même qu’il me pousse des ailes !

  2. Olivier dit :

    C’est un peu le Redbull des réseaux sociaux donc ;)
    J’avais écrit cet article il y a quelques jours donc il manque également un point important mentionné sur mon fil twitter ce week-end: la possibilité d’être anonyme sur Twitter. Alors que Facebook et Google+, qui veulent marketer au mieux leur réseau, interdisent les identités fictives.
    Sur ce point-là également, je trouve que Twitter prône une vision ouverte du web, contrairement à ses concurrents.

  3. ^^ Sur Internet, on doit garder la possibilité d’être anonyme et c’est bien ce que Twitter a fait.
    Pourtant, je suis certain que la transparence est une bonne chose. Identité virtuelle et identité IRL doivent être reliées pour plus de confiance.
    Sur notre blog, nous sommes totalement transparent sur nos activités… Je pense que c’est primordiale pour toute activité sur le web.
    Personnellement, j’accorde peu de crédit à une personne (physique ou morale) que je ne peut identifier clairement ou qui n’est pas transparent sur son activité.

  4. quintescent dit :

    Que les apôtres de la transparence universelle publient leurs coordonnées bancaires et l’email de leurs enfants.
    Merci.

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