Un second écran: pour quoi faire?

deuxieme ecran

Le second écran n’avait pas encore connu son baptême médiatique que je le pratiquais déjà. Ce n’est pas tellement que je sois un précurseur en matière de tendances marketing… J’achète toujours des lasagnes Findus, des yaourts passifs (comprenez sans bifidus actif) et des livres en papier (plutôt qu’en composants électroniques). On peut difficilement faire plus postcurseur.

Mais il faut reconnaître qu’il y a déjà quelques années que les hashtags #qvemf et #kl ont éveillé en moi – outre des fous rires sans pareil – une certaine curiosité pour le phénomène dit du second écran. Tweeter en regardant une émission tv débile, ou comment ajouter de la complicité à des soirées tv passées en couple, avachis sur le canapé. Je prêchais alors pour le deuxième écran et convertit même mon boss à la joie de livetweeter chaque année l’élection de Miss France.

Depuis cette époque, ma femme a décide de quitter ma personne, qui a elle-même décidé de se libérer du cerveau disponible en abandonnant les émissions de télé-réalité. « Non mais allo quoi? T’as un cerveau et tu regardes la téléréalité? » (Comme quoi même en bazardant sa télé, des relents de téléréalité viennent toujours nous titiller les neurones…)

N’ayant cure de mes atermoiements, le second écran – alors même que je ne le pratiquais plus et sans même prendre le soin de me consulter – prit son essor. Smart tv, box et applis connectés: il semble être partout.

Un essor à mon goût encore trop timide et trop souvent mal marketé.

Le degré 0 du second écran

m6 devant la tvPour mieux comprendre la tendance du deuxième écran, nul besoin d’aller faire un tour du côté des applis mobiles proposées par nos grandes chaînes télé (ni même de chez Swann d’ailleurs). Que ce soit MyTF1, Arte, D8 (qui devrait miser sur l’innovation plutôt que le recyclage) ou même France TV, rien de nouveau sous le soleil. Seule la petite chaîne qui montait innove avec un service « Devant ma TV » qui reconnaît le son du programme que vous regardez pour vous pousser du contenu additionnel (innovation très très relative et qui semble surtout vouée à remplacer le SMS surtaxé… ). Une technologie que TF1 teste timidement pour la saison 2 de The Voice.

Que retrouve-t-on donc dans ces applis mobiles? Globalement, des programmes tv. Plutôt qu’un second écran, on pourrait parler d’un second TéléZ, s’il n’y avait cet effort louable de proposer une expérience de catch up tv de plus en plus aboutie.

Mais même s’agissant de ces vidéos de rattrapage, on ne peut pas parler d’une réelle expérience de second écran mais plutôt d’une utilisation du mobile, de la tablette ou du PC comme d’un écran bis.

Le second écran comme lien social

Les expériences proposées par Novedia autour de la Nuit des César 2012 ou des deux derniers matchs de l’Equipe de France de Rugby lors des VI Nations sur France Télévision sont autrement plus intéressantes.

En permettant au téléspectateur de partager les moments forts de ces évènements télévisés et de découvrir les tweets des autres téléspectateurs, on entre vraiment dans l’ère de la sociale TV. On regrettera seulement une expérience PC-centric, alors même que le « premier deuxième écran » devant la TV reste le mobile.

Dans le même sens, TV Check est une expérience assez innovante, utilisant la dimension sociale du mobile. Tel Foursquare, TV Check vous permet de checker vos programmes tv favoris pour en devenir le « maître » et gagner des badges. Le social gaming appliqué à la télé, en somme. Une expérience d’autant plus intéressante qu’oecuménique en termes de chaîne. Et oui, les expériences proposées par les chaînes sont de plus en plus riches mais je n’ai pas forcément envie de changer d’appli dès que je change de chaîne…

La TV est-elle vraiment le premier écran? Vers le deuxième écran…

Pour ne pas avoir à changer d’appli quand je change de chaîne, il existe d’autres intermédiaires: le téléviseur et la box.

La mode de la « smart TV » à la Samsung ou de la box hyper connectée (Freebox Revolution ou Livebox Play, etc. permettant de tweeter, d’utiliser des applis ou tout simplement de naviguer sur Internet depuis sa télévision) laisse à penser que la télévision va absorber tous les autres écrans. La TV comme écran toujours central, avec le mobile en guise de télécommande (oui oui, développer une appli pour transformer son smartphone en télécommande passe pour une innovation aux yeux de certains…).

Je trouve cette vision assez archaïque. D’après la dernière étude INSEE , le temps passé devant un PC commence à dépasser le temps passé devant la télé dans certaines catégories de la population (les jeunes hommes en l’occurrence). Et il y a fort à parier que le mobile surpasse d’ores et déjà la TV pour ces mêmes tranches de population (chose que l’INSEE pourra démontrer d’ici une dizaine d’années au vu de la fréquence de leurs études :D ).

Pour une part croissante de la population, le deuxième écran n’est donc déjà plus le PC, la tablette ou le smartphone, mais la télévision. C’est pourquoi les stratégies de deuxième écran les plus intéressantes partent aujourd’hui du mobile ou de la tablette. Et c’est pourquoi il est préférable de parler de deuxième écran plutôt que de « second écran » (de plus en plus de consommateurs utilisent 3 voire 4 écrans pour interagir avec les émissions).

Un gameplay adapté au terminal

Vous allez évidemment me demander des exemples.

Je pense à l’application (Android et iOS) « Bref », (déjà) ex-série (déjà) culte chez une population hyper connectée. L’application mobile permet par exemple de retrouver les sms envoyés par les héros, des photos commentées par la communauté, une soundbox des expressions emblématiques de cette mini-série et la possibilité d’appeler les héros de la série (qui sont sur messagerie vocale, hein, évidemment; ils paient pas des figurants pour jouer les personnages toute la journée :D ). Il s’agit ici d’une application mobile mais pour toucher une audience plus large une expérience assez similaire aurait pu être proposé depuis un site mobile.

Ce que montre cette application, c’est que si on considère la télévision comme le deuxième écran, il faut penser une expérience utilisateur qui aille au-delà du moment de diffusion de l’émission.

Evidemment, la télévision a du mal à avoir cette démarche car elle se pense toujours comme une expérience sociale fédératrice: elle est censée être – comme l’étaient la presse et la radio dans leurs heures glorieuses – ce dont on parle à la machine à café.

Pourtant, elle devrait voir que chez les plus jeunes générations, elle est remplacée par les mêmes 2.0. Autour de la machine à café, on parle aujourd’hui plus de Nabila que de The Voice. « Oui mais Nabila est une star de la télé. » Oui mais d’une émission mineure que la plupart des gens n’ont pas regardée. On n’en parle pas à la suite de la diffusion de l’émission; mais à la suite du buzz et des détournements générés et diffusés par les médias sociaux.

L’avenir du second écran passe par le Solomo et les smart apps

L’autre exemple de second écran innovant ayant attiré mon attention est 106&Park.

Cette émission américaine, qui adresse elle aussi un public très digital native, propose par exemple aux téléspectateurs de voter pour les Hip Hop Awards depuis l’appli de l’émission… en scratchant une platine.

La géolocalisation et la remontée des numéros de mobile des utilisateurs de l’appli permet même de donner une seconde vie au fameux « appel surprise à nos téléspectateurs ». Sabatier ou la valise RTL à la sauce 2.0 en somme.

Utiliser les fonctions du mobile (accéléromètre, gps voire vibreur) pour proposer une expérience innovante: voilà l’avenir du deuxième écran. Je ne comprends pas que le vote du public de « Qui veut gagner des millions » ne soit pas d’ores et déjà un vote des téléspectateurs via une application mobile. Avec par exemple la possibilité de ne faire voter que les habitants d’une région si la question est très localisée. Les applications de type deuxième écran doivent donc se rapprocher des smart apps, ces applications qui proposent un contenu et une expérience adaptés au profil de chacun.

Social… Local… Mobile… Si aujourd’hui la télévision découvre à peine le potentiel du Social et du Mobile, j’ai tendance à penser qu’elle va être le premier lieu d’expansion du Solomo. Avant les commerces de proximité, qui – par définition – gèrent déjà très bien les dimensions locales et sociales. La télévision, elle, a toujours très mal géré la dimension locale et – avec l’arrivée de la TNT – elle peut de moins en moins se penser comme un phénomène social total.

Pour réussir cette transition, les chaînes de télé doivent avoir la modestie de ce constat. En sont-elles capables? Ou vont-elles se laisser devancer par des chaînes de radio (Europe 1 par exemple) qui ont dû se plier à ce travail d’humilité depuis un bon moment déjà?

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