Vivement la mort de Groupon!

groupon

Au départ, Groupon c’est une excellente idée. Pas nouvelle, mais excellente. En permettant aux clients de faire de l’achat groupé sur à peu près tout et n’importe quoi (de ses frais universitaires à sa nouvelle poitrine en passant évidemment par sa séance de massage ou son restaurant), des millions de personnes ont cru avoir trouvé la pépite qui réconciliait e-commerce et commerce de proximité.

Oui mais voilà… si une bonne idée suffit à lever des milliards dans un monde où les spéculations financières ont tôt fait de préempter les spéculations théoriques, elle ne suffit pas à construire un modèle économique durable.

Les signes de la mort programmée de Groupon sont nombreux. Des pertes qui dépassent les 100 millions de dollars au deuxième trimestre pour un chiffre d’affaire de 900 millions de dollars… Un panier moyen quasiment divisé par deux, passant 5,7$ à 3$… Fin de Facebook Places, qui ne semble pas croire à ce modèle. Si vous avez à cela une bonne crise, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’Andrew Mason ait décidé de retarder l’entrée en Bourse de Groupon.

Petit manuel de la parfaite shadow entreprise

Mes compétences économico-financières sont bien trop limitées pour pouvoir décréter l’heure de l’éloge funèbre de Groupon à la seule lecture de ces quelques chiffres. En revanche, j’ai encore la naïveté de croire qu’il y a un semblant de justice en ce bas-monde et qu’une société ayant commis autant d’impairs stratégiques ne peut être vouée qu’à la faillite.

Chaque fois que je vois une actualité concernant cette société, j’ai l’impression de voir l’un de ces couillons de papillons de nuit filant consciencieusement vers un point lumineux qui lui sera pourtant fatal. C’est pourtant pas faute de lui avoir dit, au papillon, qu’il allait se cramer les miches sur l’halogène…

Groupon ressemble beaucoup à une caricature des pires entreprises que peut enfanter Internet. Une caricature de la financiarisation à outrance de notre économie, qui a conduit à la naissance de véritables monstres, d’abord pensés pour présenter des bilans comptables séduisants aux yeux de boursicoteurs obnubilés par le court-terme.

La recette est simple. Si vous souhaitez que votre nouveau business affiche une valorisation exponentielle à chaque parution du Financial Times, il convient d’employer un minimum de personnes… N’oubliez pas que vos employés n’ont pas fonction à fluidifier vos relations avec vos clients et partenaires, mais seulement à valoriser l’image et la crédibilité de votre société. N’embauchez pas une personne qui ne serait pas au service d’une slide du Powerpoint de votre Business Plan.

Cas d’école

A première vue, Groupon pourrait ressembler à un mauvais élève en matière de « shadow entreprise »… 3000 employés ça semble beaucoup trop… Mais rapporté aux 30 pays qui ont la chance de profiter des deals de Groupon, ça ne fait pas grand chose. Ils sont par exemple une centaine en France… quasiment tous occupés à jouer les témoins de Jéhovah auprès de commerçants apeurés par un concept bien étrange.

- Bonjour Monsieur, ça vous dit une super campagne d’emailing auprès de nombreux consommateurs de la région?

- Un emailing auprès de 1000 personnes avec un taux d’ouverture de mail de 1%?

- Témoins de Jéhovah victimesAu vu de la réduction que vous allez leur proposer, le taux d’ouverture sera bien supérieur!

- Admettons… et qui se cache derrière les emails que vous collectionnez? Qui s’inscrit chez vous? Les fauchés et les radins, ceux qui prennent de l’eau en pichet et pas de dessert… ceux qui divisent par deux mon ticket moyen?

- Certes… mais dites-vous que dans 10 ans ils auront fait fortune ou vu un psy pour soigner leur pingrerie et à ce moment-là, bam, vous rentabilisez votre campagne Groupon.

- Bon ok, j’aime Patrick Bruel, donc je vais me laisser tenter par ce coup de poker. Vous pensez que je dois proposer quelle montant de réduction pour que l’opération fonctionne? 20%? 30%?

- Si vous voulez travailler avec nous, c’est minimum 50%

- Avec ma marge de 40%? Vous êtes fous?

- Oh oui!

… puisque vous insistez, je vais leur préparer un menu spécial VIP avec oeuf mimosa en entrée et escalopes de dinde à la crème fraîche en plat. Zauront pas de dessert; mais bon votre cible n’a pas l’air d’avoir l’habitude d’en manger… Par contre ça collera moyen avec ma carte de restaurant gastronomique du Sud-Ouest…

- Nos clients ne savent pas ce que c’est que le Sud Ouest….

- Pas faux. Bon, je signe où pour que vous arrêtiez de me saouler?

- Ici…

- … et ça veut dire quoi cet alinéa du contrat qui prévoit que Groupon se rémunère sur 50% des produits vendus sur le site? Le client aura donc une réduction effective de 25%?

- Non, non, rassurez-vous, il aura bien 50%

- Ah… heureux pour lui… mais ça veut dire quoi?

- T’es con ou tu fais semblant de pas comprendre?

- Choix 2

- Donc tu sais bien qu’on va te demander une réduction de 75% sur ton menu volaille de batterie?

- Bon bah comme c’est déjà signé, y’a plus qu’à proposer un oeuf mimosa sans mayo et une escalope de dinde à la sauce sans sauce…

- Voilà un bon deal qui satisfait toutes les parties !

- Merci quand même… au revoir

- Adieu

Pourvu que Groupon n’enterre pas le SoLoMo avec lui…

Oui, adieu… parce que quand notre cher restaurateur devra faire face à un afflux monstre de demandes… quand il se retrouvera dans l’obligation contractuelle d’honorer toutes ces demandes et de remplir son restaurant uniquement avec ces clients Groupon, il n’aura plus aucun interlocuteur Groupon pour l’aider. Oui, rappelez-vous, il faut peu de salariés et beaucoup d’investisseurs pour faire monter la valorisation de la société… en attendant l’explosion de la bulle.

En fin de compte, Groupon ne fait que renforcer un déséquilibre qui existe déjà dans notre économie libérale: le consommateur dicte sa loi aux commerçants. Comme les supermarchés (et au final les consommateurs) ont étranglé l’industrie et l’agriculture occidentales, le SoLoMo (pour Social Local Mobile) version Groupon risque de tuer le commerce de proximité en faisant du consommateur un démiurge tout puissant.

Le problème c’est qu’en ne souciant pas de la satisfaction partenaires, on finit par nuire au client. Car il ne faut pas s’y tromper… Si l’insatisfaction des commerçants nuit à Groupon, ce n’est pas bien gênant pour Groupon, qui trouvera toujours de nouveaux pigeons (bien souvent de jeunes commerces) pour nourrir la bête. Tout comme le libéralisme trouve toujours de nouveaux ouvriers ou agriculteurs à presser.

Non, le vrai problème, c’est la conjonction de cette insatisfaction des partenaires et cette petite structure incapable d’exercer le moindre contrôle des prestations fournies par les partenaires. Car le partenaire, usé jusqu’à la moelle par la sur-sollicitation engendrée par Groupon, va mal accueillir ses clients (quand il va bien vouloir les accueillir)… et engendrer une grande insatisfaction client.

Insatisfaction qui atteindra bien vite Groupon qui se plaît, qui plus est, à spammer abondamment de mails sa base de données, sans le moindre souci de la saturation des individus qui se cachent derrière ces lignes Excel.

Donc un conseil: si vous n’êtes pas un commerçant arnaqueur, qui marge à plus de 75% sur ses produits ou services… fuyez Groupon et préférez plutôt un service comme Pricebuzz qui vous permettra de régler le montant de votre réduction et qui ne vous incitera donc pas à gonfler artificiellement votre prix. Si Groupon survit trop longtemps, si l’alliance avec Foursquare fonctionne, le LoMoSo, pourtant porteur de belles promesses, risque de pâtir durablement de cette mauvaise publicité.

2 Comments

  1. Simon dit :

    Superbement expliqué et démonté ! Je ne m’étais jamais intéressé à ce phénomène à cause probablement de leur communication excessivement cheap …

  2. Je fais 15 % de marge sur la vente de mes costumes sur mesure car j’ai dans l’idée (peut être stupide) d’être honnête envers mes clients.
    Groupon m’a appellé et je n’ai pas fait le deal .
    Le témoin de Jeovah m’as dit que même si je perdais de l’argent sur le deal c’était pas grave parceque les gens reviendront plus tard acheter d’autres costumes sur mesure ( youpi).

    Un de mes concurrents qui vends ses costumes sur emsure 450 € alors que je les vends 200€ a passé le deal avec eux et en a vendu 400 sur le deal de 24h

    Je suis assez triste de voir que pour faire du business il vaille mieux arnaquer le client en margant énormément sur son dos et faire des coups de buzz par des campagnes de promo qui au final ramène le prix à sa juste valeur.

    Car le client lambda qui aura pris la peine d’acheter directement sur le site ,sans aucune promo payera le double alors qu’en cout d’acquisition le marchand n’aura rien à donner à groupon.

    Le systeme favorise donc :
    1- les arnaqueurs coté Marchand
    2-Les radins coté clients

    Youpi
    Donc svp Mr Groupon , mourrez

Leave a Comment

Powered by WordPress | Deadline Theme : An AWESEM design